Iran: nouvelles manifestations à Téhéran, les ONG alertent sur un risque de “massacre”
Par TV5MONDE avec AFP
De nouvelles manifestations ont secoué Téhéran et plusieurs villes iraniennes samedi, malgré une coupure quasi totale d’internet. Alors que la contestation, née fin décembre sur fond de crise économique, s’étend, des ONG font état de dizaines de morts et mettent en garde contre une répression sanglante du pouvoir iranien.
De nouvelles manifestations ont secoué Téhéran et plusieurs villes iraniennes samedi, malgré une coupure quasi totale d’internet. Alors que la contestation, née fin décembre sur fond de crise économique, s’étend, des ONG font état de dizaines de morts et mettent en garde contre une répression sanglante du pouvoir iranien. Des manifestations ont de nouveau éclaté samedi soir à Téhéran , où des Iraniens ont scandé des slogans hostiles au pouvoir, en dépit de craintes croissantes d’une répression brutale. Le pays est largement coupé du monde en raison d’un blocage d’internet décidé par les autorités. Selon des organisations non gouvernementales, des dizaines de personnes ont été tuées depuis le début du mouvement, il y a deux semaines. La République islamique fait face à une mobilisation d’une ampleur inédite depuis trois ans et à l’un des défis les plus sérieux depuis sa proclamation en 1979. Le mouvement, initialement déclenché à Téhéran le 28 décembre par des commerçants devant la cherté de la vie et la dépréciation de la monnaie, a gagné de nombreuses autres villes et pris de l'ampleur ces derniers jours. D’après une vidéo authentifiée par l’AFP, une manifestation a débuté tard dans la soirée de samedi dans un quartier du nord de la capitale. Des feux d’artifice ont été tirés au-dessus de la place Punak, tandis que des manifestants tapaient sur des casseroles et scandaient des slogans en soutien à la dynastie Pahlavi, renversée par la Révolution islamique de 1979. D’autres vidéos, partagées sur les réseaux sociaux mais non vérifiées dans l’immédiat par l’AFP, faisaient état de rassemblements similaires dans plusieurs quartiers de Téhéran, avec des slogans ouvertement hostiles au gouvernement. Ces images sont probablement diffusées par des moyens satellitaires, alors que la coupure d'internet, depuis maintenant plus de 60 heures, rend quasi impossible toute communication avec le monde extérieur. Pressions américaines et menaces militaires Donald Trump a affirmé samedi que l’Iran “aspirait à la liberté” et que les États-Unis “se tenaient prêts à aider” , dans un message publié sur sa plateforme Truth Social. Il avait auparavant menacé de “frapper très fort” le pays en cas de vague de répression meurtrière. Selon le New York Times , le président américain a été briefé ces derniers jours sur différentes options, y compris des scénarios de frappes visant l’Iran. Le quotidien, citant des sources anonymes, précise que ces options incluraient également des cibles civiles. (Re)lire Iran: au quatorzième jour du mouvement, la pression s'accentue sur le pouvoir, l'opposition craint un "massacre sous le couvert d'un black-out total" Le journal ajoute que Donald Trump n’a pas encore pris de décision finale, mais qu’il “envisage sérieusement” une nouvelle intervention militaire, après avoir ordonné en juin le bombardement de trois sites nucléaires iraniens majeurs. En cas de frappes américaines, l'Iran ripostera en ciblant des sites militaires et le transport maritime des États-Unis, a averti dimanche le président du Parlement. Pays coupé du monde et accusations de violences Peu d’informations filtrent de la situation sur le terrain. Les Iraniens sont privés d’internet depuis jeudi, à la suite d’une décision des autorités, selon l’ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks. Ce blocage vise “à dissimuler les violences infligées lors de la répression” , ont mis en garde les cinéastes dissidents iraniens Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof. “C’est le prix à payer pour la victoire du peuple” , a déclaré samedi un habitant de Téhéran. Depuis le début de la contestation, le 28 décembre, des dizaines de personnes ont été tuées, selon des organisations de défense des droits humains. L'organisation Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux États-Unis, a déclaré avoir confirmé la mort de 116 personnes, dont 37 membres des forces de sécurité ou autres responsables, depuis le début du mouvement. L'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, doit publier son bilan plus tard dimanche, après avoir fait état vendredi d'au moins 51 manifestants tués et de centaines de blessés. Mais les militants ont averti que la coupure d'internet limitait fortement la circulation de l'information et que le nombre réel de victimes risquait d'être bien plus élevé.
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Le Centre pour les droits de l'homme en Iran (CHRI), dont le siège est à New York, a dit avoir reçu des "témoignages directs et des rapports crédibles" sur la mort de centaines de manifestants ces derniers jours. "Un massacre est en cours en Iran. Le monde doit agir maintenant pour empêcher de nouvelles pertes humaines" , a averti l'organisation. Après une forte mobilisation jeudi, de nouveaux rassemblements ont secoué Téhéran et d’autres grandes villes dans la nuit de vendredi à samedi, selon des images vérifiées par l’AFP et diffusées via des moyens satellitaires. Dans le quartier de Saadatabad, à Téhéran, des manifestants ont notamment scandé “Mort à Khamenei” , en référence au guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. Très présent sur les réseaux sociaux, Reza Pahlavi, fils en exil du chah renversé en 1979, a appelé à de nouvelles actions plus tard dimanche. "N'abandonnez pas les rues. Mon cœur est avec vous. Je sais que je serai bientôt à vos côtés" , a-t-il lancé. Réponse sécuritaire et réactions internationales Rues désertes et plongées dans l’obscurité, vitrines de magasins brisées et déploiement visible des forces de sécurité : un journaliste de l’AFP a décrit jeudi et vendredi une capitale inhabituellement peu animée, avant le début des manifestations nocturnes. Le prix de la viande a presque doublé depuis le début de la contestation et de nombreuses boutiques ont baissé le rideau. Les écoles sont fermées et l’enseignement se fait à distance, mais sans internet, il est impossible de se connecter. Selon le Centre pour les droits de l’homme en Iran (CHRI), les hôpitaux sont "débordés", les réserves de sang diminuent et de nombreux manifestants ont été délibérément visés aux yeux par des tirs.
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"Les Iraniens ont choisi Reza Pahlavi": en plein mouvement de contestation, le fils du chah réitère son ambition d'héritier Le guide suprême iranien a dénoncé des “vandales” et des “saboteurs” qu’il accuse d’être à la solde de Donald Trump. De son côté, l’armée iranienne a assuré qu’elle protégerait “les intérêts nationaux” contre un “ennemi cherchant à perturber l’ordre et la paix” . La télévision d’État a diffusé samedi des images des funérailles, à Chiraz (sud), de membres des forces de sécurité tués lors des manifestations. Elle a également montré des bâtiments en feu, y compris des mosquées. De nombreuses capitales occidentales ont condamné l’usage de la force contre les manifestants. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a exprimé le plein soutien de l’Europe aux “femmes et hommes iraniens qui réclament la liberté” , dénonçant la “répression violente” . À Londres, lors d’un rassemblement de plusieurs centaines de personnes, le drapeau de la République islamique a brièvement été remplacé sur la façade de l’ambassade iranienne par celui de l’ancien régime monarchique, orné d’un lion et d’un soleil. Le pouvoir iranien n’avait pas été confronté à une telle contestation depuis la mort en détention, en 2022, de Mahsa Amini, une jeune Kurde arrêtée pour avoir enfreint le strict code vestimentaire féminin. Cette mobilisation intervient dans un pays affaibli par la guerre avec Israël en juin, les coups portés à plusieurs alliés régionaux de Téhéran, ainsi que par les sanctions liées à son programme nucléaire, rétablies en septembre par l’ONU.