Mzé Aboudou – Ce que j’ai aperçu
Mzé Aboudou – Ce que j’ai aperçu
PAR AHMED ALI AMIR
Mzé Aboudou que j’ai eu le privilège de côtoyer appartient à cette génération de responsables publics qui ont compris que la souveraineté d’un État ne se proclame pas : elle se construit, patiemment, sur la rigueur financière, la stabilité macroéconomique et la solidité des institutions.
Lorsque j’exerçais les fonctions de correspondant de l’agence Reuters aux Comores, j’ai eu l’occasion de mesurer, de manière très concrète, la portée de son travail. Nous avions réalisé plusieurs interviews de haut niveau sur l’état de santé de la monnaie comorienne et de l’économie nationale. Ces échanges, fondés sur des données précises, des indicateurs vérifiables et une vision claire des équilibres macroéconomiques, avaient été largement repris par la presse économique internationale, aussi bien francophone qu’anglophone.
Pour un petit État insulaire comme les Comores, voir ses analyses financières relayées par des médias spécialisés de référence constituait en soi un marqueur de crédibilité. Cela signifiait que la parole économique comorienne, portée par ses institutions, était devenue audible, sérieuse et respectée au-delà de nos frontières.
Que ce soit à la tête de la Banque Centrale des Comores ou au ministère des Finances, son action s’est inscrite dans une même logique : remplacer l’improvisation par la méthode, l’approximation par la discipline, et le discours politique par la crédibilité économique.
Comme Gouverneur de la Banque Centrale, il a œuvré à la consolidation du système monétaire et bancaire. Son passage a été marqué par le renforcement de la supervision des établissements financiers, l’amélioration des mécanismes de contrôle prudentiel et la modernisation progressive des instruments de politique monétaire.
Sur le plan des résultats macroéconomiques, l’inflation est demeurée globalement maîtrisée, évoluant autour de 3 à 5 %, dans un contexte régional où nombre de pays africains connaissaient des tensions à deux chiffres.
Les réserves de change, quant à elles, couvraient en moyenne entre 5 et 7 mois d’importations, un seuil considéré comme sain pour une petite économie insulaire dépendante des importations. Ces indicateurs traduisaient une capacité accrue de résilience et une meilleure protection du franc comorien.
L’objectif était clair : sécuriser la monnaie nationale, protéger l’épargne, instaurer davantage de transparence dans la régulation financière et rapprocher l’institution des standards internationaux en matière de gouvernance et de communication. Ce travail, souvent discret, constituait pourtant l’ossature même de la crédibilité financière d’un État. Et c’est précisément cette crédibilité qui permettait aux institutions financières comoriennes de dialoguer d’égal à égal avec les partenaires internationaux et d’être prises au sérieux par les grandes agences de presse et les cercles économiques mondiaux.
Devenu Ministre des Finances, du Budget et du Secteur bancaire, il a prolongé cette même exigence de rigueur à l’échelle des finances publiques. Dans un contexte marqué par de fortes pressions sociales et des besoins considérables en investissements, sa priorité a été la restauration de la discipline budgétaire, la rationalisation des dépenses, la sécurisation des recettes et la modernisation des procédures de gestion.
Cette orientation s’est traduite par un effort constant pour maintenir le déficit budgétaire dans une fourchette compatible avec les équilibres macroéconomiques, malgré la fragilité structurelle de l’économie comorienne.
La mobilisation des recettes internes s’est progressivement améliorée, réduisant la dépendance exclusive à l’aide extérieure et renforçant l’autonomie financière de l’État.
Le dialogue avec le FMI et la Banque mondiale a permis de sécuriser des appuis financiers concessionnels de plusieurs dizaines de millions de dollars. Cette approche n’était pas une soumission, comme on aime parfois le lui reprocher, mais un levier de crédibilité macroéconomique et de repositionnement international des Comores en tant qu’État sérieux, capable d’honorer ses engagements.
Sur le plan bancaire, il a soutenu les efforts visant à renforcer l’inclusion financière. Celle-ci a connu une progression notable, avec un taux de bancarisation passant progressivement de moins d’un quart de la population à près d’un tiers. Ce mouvement, marque une meilleure intégration des citoyens dans le système financier formel, condition essentielle de toute dynamique de développement.
Les réformes portées par Mzé Aboudou relèvent davantage de la construction de fond que de l’effet d’annonce : dtabiliser la monnaie, crédibiliser la gestion budgétaire, assainir les finances publiques, moderniser l’appareil financier de l’État.
Une œuvre technique, souvent impopulaire, mais indispensable.
Dans un pays insulaire et économiquement fragile comme les Comores, cette approche constitue une forme de patriotisme économique : protéger l’équilibre financier aujourd’hui pour préserver la souveraineté et la dignité nationale demain.
Ces chiffres ne sont pas des trophées politiques. Ils sont les indicateurs d’un État qui tient debout.
La souveraineté ne se mesure pas dans les slogans, mais dans une inflation contenue, un déficit maîtrisé, des réserves de change solides et une crédibilité retrouvée auprès des partenaires financiers et des observateurs économiques internationaux.
L’ayant vu modérer plusieurs conférences à l’international, il ne se contentait jamais d’un rôle protocolaire. Il structurait les débats, élevait le niveau des échanges, soulevait les questions essentielles et ramenait toujours la discussion à ce qui compte réellement : l’intérêt de l’État, la méthode et la responsabilité. Sa maîtrise de la finance internationale en général, et du financement du climat en particulier, allait de pair avec une fierté lucide de servir son pays avec sérieux.
On peut débattre des choix de l'homme, confronter les visions, discuter des politiques. Mais on ne peut nier une chose : Mzé Aboudou a servi l’État comorien dans ses fondations économiques les plus sensibles.
Et dans un pays qui cherche encore sa pleine stabilité institutionnelle, un tel parcours devrait inspirer le respect, même chez ceux qui ne partagent pas ses positions. Car le vrai débat se situe dans les résultats, et non ailleurs.
Qui a réellement contribué à renforcer l’État ?
Sur ce terrain-là, j’ai l’intime conviction que Mzé Aboudou demeure une référence.
Ahmed Ali Amir 3A
Sources : -Rapports trimestriels de LA BCC-Interviews Reuteurs.© « Copyright » Habarizacomores.com– www.habarizacomores.com