Hans Bonte remplace Melissa Depraetere durant son congé de maternité anticipé, une première en Belgique
Vooruit a finalement désigné le député et ancien bourgmestre de Vilvoorde Hans Bonte pour suppléer la ministre flamande du logement et de l’Energie Melissa Depraetere durant son congé de maternité anticipé sur avis médical. Cette annonce clôt une semaine de polémiques. Pour la première fois en Belgique, une ministre sera remplacée durant son congé de maternité. Jusqu’ici, cela restait un angle mort législatif. Résultat d’une vision archaïque et masculine du pouvoir?
«Beaucoup d’avis se sont exprimés, mais un seul compte vraiment: celui des médecins. Quelle (future) maman ne respecterait pas cela ?» C’est par ces mots que Melissa Depraetere , vice-Première ministre du gouvernement flamand, a justifié son congé de maternité anticipé pour raisons médicales sérieuses. En réponse, des soutiens, nombreux, se sont heurtés à de tout aussi nombreux commentaires désapprouvant son choix de se retirer momentanément de la vie politique.
Vide juridique
C’est que le congé, dans ce cas de figure, n’est tout simplement pas prévu en politique . Margaux De Ré , députée Ecolo au parlement bruxellois, peut en témoigner: «Quand je suis tombée enceinte, le parlement m’a simplement conseillé le certificat médical. Il n’y a aucune règle de rémunération ni de suppléance prévue. C’est une situation très inconfortable, la pression est forte, car sous certificat médical, on est simplement « excusée ». On laisse une chaise vide tout en se sentant engagée envers les électeurs . Sans cadre légal, on reste exposée aux remarques informelles et aux critiques.»
Ce vide juridique n’est pourtant pas inéluctable. En 2021, après une polémique similaire, le Royaume-Uni a acté une loi octroyant un congé de maternité payé de six mois aux ministres. Les Pays-Bas ont, eux, mis en place un système de suppléance de seize semaines. A contrario, en France, la députée Renaissance Aurore Bergé confiait avoir caché sa grossesse par crainte des conséquences sur sa carrière.
Pour Caroline Sägesser , chercheuse au Crisp, le Centre de recherche et d’information sociopolitique, ce vide juridique traduit la vision encore prégnante que les hommes occupent les postes à responsabilités.
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Comment expliquer le déferlement de critiques et de haine envers Melissa Depraetere et sa décision d’arrêter le travail sur décision médicale?
L’intensité des réactions est déconcertante. Elle s’inscrit dans un contexte de méfiance envers la classe politique et de restrictions budgétaires, où certains considèrent, à tort, que Melissa Depraetere profite d’un système privilégié. Mais il y a une dimension supérieure: c’est une femme jeune qui décide de concilier vies professionnelle et personnelle, et l’opinion publique semble ne pas le lui pardonner. Il faut rappeler que la fenêtre biologique d’une femme est réduite pour avoir un enfant. Si Paul Magnette souhaite être père à 55 ans, il le peut, et c’est très bien. Pour une femme, cette contrainte temporelle est une réalité.
Pourquoi le congé de maternité n’existe-t-il toujours pas pour les mandataires?
La société a été organisée sur le principe que les hommes occupaient les postes à responsabilités. Comme nous n’avions jamais eu de ministre aussi jeune, nous avons «oublié» de prévoir un cadre. C’est le même cas de figure que pour le débat sur les femmes pasteures: cela n’a simplement pas été pensé. Les réactions actuelles donnent malheureusement raison aux femmes qui, il y a peu, n’osaient pas se lancer en politique pour ces raisons.
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D’autres pays ont pourtant mis en place des systèmes de suppléance…
Dans les pays scandinaves, la scission entre vie privée et vie professionnelle est mieux intégrée. En Belgique, nous conservons un système archaïque où la politique exige un dévouement total, jour et nuit. Les négociations nocturnes dans les châteaux, cette nécessité d’être disponible à 100%, restent des codes très masculins. Certains pays parviennent pourtant à cadrer davantage l’activité politique pour en faire un «long fleuve tranquille», moins synonyme de sacrifice permanent. Je pensais que les progrès seraient plus rapides, mais on observe plutôt une régression. L’imaginaire collectif reste bloqué sur cette figure masculine exigeant une disponibilité de tous les instants. On a tous été très étonnés d’apprendre que la femme de Bart De Wever était malade durant toute la formation de la coalition. On accepte qu’un homme sacrifie sa vie familiale pour sa profession, mais on ne le pardonnerait pas à une femme.
Pourquoi ces conceptions persistent-elles?
Il y a un enjeu d’éducation, on renvoie aux enfants des rôles définis. On a eu une femme Première ministre, Antoinette Spaak et Joëlle Milquet font figure d’exception à la présidence d’un parti. Aujourd’hui, il y a des prises de parole en faveur de l’égalité, mais personne n’est gêné qu’il n’y ait pas une seule femme aux débats des présidents. La clé du pouvoir reste chez les hommes, c’est frappant au Kern également.
Lorsque Sophie Sophie Wilmès a annoncé se retirer pour épauler son mari malade, les réactions ont été tout autres, faites-vous remarquer.
Le départ de Sophie Wilmès renvoyait à l’image traditionnelle de la femme au chevet d’un proche. Cette forme de sacrifice et de compassion est mieux acceptée par l’opinion car elle «subissait» la situation. Pour Melissa Depraetere, les critiques traduisent un reproche: celui de poser un choix perçu comme égoïste. On en revient à cette vision archaïque: la femme doit se sacrifier pour son mari ou sa famille, mais affirmer son propre projet de vie est encore mal perçu.
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Emile Thoreau (st.)
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